Ça ne vaut vraiment pas le coup
Par Maya Haidar

Au début du secondaire, une fille appelée Courtney Cappizzi a fait de ma vie un véritable cauchemar. Elle venait de quelque part près de New York, parlait avec un accent typiquement new-yorkais, avait un goût prononcé pour le fixatif et était toujours d’une humeur massacrante. Au beau milieu de l’année, Courtney décide qu’elle en a marre de moi, bien que je ne sache toujours pas pourquoi. À l’heure du midi, elle annonce à tout
le monde : « Je vais te tuer après l’école si tu continues à faire suer mon chum, s#$% ! »
Franchement ! J’étais tellement studieuse à l’époque que j’ignorais tout des contacts avec les gars, surtout avec son chum ! Ça n’avait toutefois pas d’importance. Elle m’avait ciblée. Avant la bataille, l’atmosphère était électrique. Tous les étudiants s’étaient passé le mot et le grand rendez-vous était prévu pour 15 h 30, avant le dernier son de cloche.
LE CENTRE COMMERCIAL…Nous étions tous là, dans le stationnement du centre commercial, comme une nuée de mouches autour d’une carcasse qui pourrit au soleil. Quel beau spectacle ! Je n’avais pas de stratégie. J’étais encore en train de me demander ce que je faisais là. Courtney a frappé la première, un coup de poing fracassant sur mon épaule droite. Je suis restée immobile. Le silence de la foule autour de nous était hyper lourd.
Elle a de nouveau levé le poing, puis elle s’est élancée vers moi. Cette fois, j’ai bougé et elle est tombée vers l’avant, s’écorchant la main sur le béton.
Apparemment, Courtney avait l’habitude de saigner beaucoup. Elle s’est relevée lentement en tenant sa main ensanglantée et en me fixant du regard. La moitié de la foule s’est dispersée et ceux qui ne pouvaient plus bouger étaient fascinés par le flot de sang qui jaillissait de la main de cette pauvre fille qui voulait tellement se battre. Je suis retournée tranquillement à la maison en souriant. Je n’avais même pas levé le petit doigt.
Je n’ai plus entendu un seul mot de Mlle Cappizzi pendant le reste de l’année. Elle avait perdu tout son pouvoir dévastateur qui faisait si peur. Et moi ? Je n’étais pas plus populaire ni plus respectée. J’étais encore « rejet », une étudiante modèle incapable d’avoir un style branché.
Que de beaux souvenirs ! Quelle est la morale de cette histoire ? Eh bien, c’est peut-être que la violence est habituellement plutôt insensée. J’ai appris que le pouvoir d’intimider finit par s’évaporer avec une bonne dose de réalité ou, dans mon cas, de chance. Selon la Dre Cheryl Dellasega (The Friendship Game: Where Should I Sit at Lunch?), la popularité des adolescentes qui intimident baisse au fil des années du secondaire.
Toutefois, ce qui m’est arrivé n’était pas du tout une initiation. C’était stressant. L’intimidation est une affirmation de pouvoir par l’agression. Malheureusement, la réalité des filles d’aujourd’hui est beaucoup plus dure. Elles doivent faire face à un bombardement de nouvelles technologies et attitudes.
Le problème est que, si tu concentres toutes tes énergies à
« détester », tu vises la mauvaise cible — TOI ! Si tu penses intimider quelqu’un, la Dre Dellasega te suggère de prendre du recul et de réfléchir à ce qui se passe dans ta tête et dans ta vie, et aux facteurs
qui engendrent ton mauvais comportement.
Les deux côtés de la médaille…Selon Santé Canada, la hausse des cas de victimisation est liée à l’abus d’alcool et de drogues, au tabagisme, à des troubles de l’alimentation et à des problèmes de santé mentale. À bien y penser, c’est un lien logique. Les personnes qui se laissent bousculer ont souvent des problèmes de confiance ou d’estime.
Si tu es victime d’intimidation ou pire (violence physique) ou si tu connais quelqu’un qui est dans cette situation, la seule chose à faire est de se tenir loin de la personne agressive et d’obtenir de l’aide en parlant du problème avec une personne en qui on a confiance. En ignorant d’abord la personne agressive, tu commences le processus qui lui enlève son pouvoir.
Si tu ne te sens pas à l’aise de parler face à face avec quelqu’un, la ligne téléphonique Jeunesse, J’écoute (1 800 668-6868) est gratuite et à ta disposition en tout temps. Les intervenants de Jeunesse, J’écoute peuvent aussi t’aider à trouver une personne-ressource dans ton quartier. Dans la mesure du possible, dis-le à tes parents. Les parents / tuteurs feront tout pour te protéger. Ils doivent être au courant de la situation si une intervention juridique s’avère nécessaire.
À propos…Chaque année, environ 1 jeune sur 10 a des démêlés avec la police pour une violation du code criminel. Parmi ces jeunes contrevenants, 19 % sont accusés d’une infraction avec violence. Cette statistique ne s’appliquant qu’aux crimes signalés, le pourcentage peut en fait être plus élevé. Les garçons commettent plus d’actes criminels, mais de plus en plus de filles s’attirent des ennuis. Les filles intimident surtout en utilisant l’agression « sociale » — exclusion, potinage, fausses rumeurs et révélation des secrets d’autres personnes.
Les facteurs ne sont pas tout à fait clairs, mais il existe diverses raisons* :
• La plupart des filles agressives ont une mauvaise relation avec leur mère
• Liens avec d’autres délinquants
• Rejet social à l’école
• Ennui
• Maladie mentale : un « trouble de conduite » est diagnostiqué chez 90 % des filles agressives et 31 % souffrent d’une dépression importante
• Faible estime de soi, complexes à l’égard de son corps et stress
* Selon une étude réalisée par le Centre national d’information sur la violence dans la famille, en collaboration avec Santé Canada

Les 6 conseils de sécurité de la Dre Dellasega Extrait de
The Friendship Game: Where Should I Sit at Lunch? 1. N’oublie pas que c’est la personne qui t’intimide qui a tort, et non toi.
2. Essaie de rester calme. Prends la situation en main en ne montrant pas que ça te dérange.
3. Parle à la personne qui t’intimide si tu le peux.
4. Demande à tes amis, à ta famille ou à un professeur de t’appuyer et de te conseiller. Parler de la situation peut te permettre de trouver tes propres solutions. Tout le monde a déjà vécu une expérience similaire. Demande à ces personnes comment elles s’en sont sorties.
5. Sois préparée. Exerce-toi à agir et à parler comme tu le feras la prochaine fois que tu verras la personne qui te tourmente.
6. Sois sûre de toi. Les personnes agressives ciblent celles qui paraissent vulnérables. Marche la tête haute et parle d’une voix claire.
Que faire maintenant ?« Sois le changement que tu veux voir dans le monde. » Mahatma Gandhi
Il est peu probable que tu sois violente ou agressive si tu crois en toi. C’est plus facile à dire qu’à faire, bien sûr, mais ce n’est pas impossible. Il est important d’assumer des responsabilités sociales et personnelles liées à son âge.
Le pouvoir de la croissance personnelle positive est incroyable – que tu le voies ou que tu le sentes – il ne tient qu’à toi de frapper à la bonne porte et non la fille dans ton cours d’algèbre.
HISTOIRE VÉCUERécemment, lors d’un tournoi de baseball, je n’ai pas pu m’empêcher d’écouter une femme qui parlait de ses filles. Elle avait tellement une voix forte et vibrante de colère ! Elle a apostrophé un autre parent en criant : « Si tes enfants provoquent les miens, c’est ton problème s’ils se font tabasser ! Je ne vais pas dire à mes enfants de ne pas se battre ! » Cette déclaration m’a frappée comme un coup de fouet. Comment les jeunes peuvent-ils s’entendre si certains parents encouragent les comportements violents ? Une des solutions est d’assumer les conséquences de ses actes ? quel que soit le comportement des autres. Je recommande aux vervegirls de commencer en poussant le vieux dicton « Traitez les autres comme vous aimeriez que l’on vous traite » encore plus loin, soit en commençant à se traiter comme on aimerait que les autres nous traitent.
~Sandra Livingstone
Autres sources Ligne d’aide pour la violence familiale 1.800.222.2000 (24 heures)
Communauté unie contre la violence Ligne d’écoute téléphonique 24 heures 1.800.542.2164
Ligne nationale d’aide pour la violence conjugale au Canada 1.800.363.9010
Ligne d’aide aux adolescents victimes de violence 1.800.522.Teen (8336)
Aide fournie par des spécialistes en matière de violence dans les fréquentations
