Par A. David Levine
C’est de la poésie, mais ce n’est pas du Baudelaire. Ils riment sur la scène, mais aucun instrument n’est admis. Ils utilisent uniquement la parole, mais ce n’est pas du rap. Un jury évalue les performances, mais ce n’est pas du patinage artistique. Alors, qu’est-ce que c’est ?
Je te présente le poetry slam. Mais qu’est-ce que le poetry slam ? « La subtilité se situe entre la poésie, le rap et les arts de la scène, » explique Dwayne Morgan, un artiste poète et fondateur du Canadian Festival of Spoken Word (CFSW). « Les différents angles des triangles. Il s’inspire d’un peu de chaque.»
Dwayne Morgan publie et présente sa propre poésie depuis plus d’une décennie et en tant que fondateur du CFSW, il est un expert en la matière.
Voici le fonctionnement du poetry slam : commence avec un auditoire, une scène et un micro. Un jury de cinq juges est sélectionné de façon aléatoire au sein de l’auditoire. Les slammers (artistes) montent sur la scène et interprètent leur poésie en respectant le temps alloué (généralement de trois minutes). Quelques règlements : aucun instrument, aucun costume, aucun accessoire. Rien ne peux te distraire de ta performance — c’est juste le micro et toi.
Après les performances, les juges attribuent une note entre 1 et 10. En retirant la note la plus haute et la note la plus basse, les slammers ont donc une note sure trente. La personne ayant le résultat le plus haut est déclarée gagnante.
Contrairement à une bataille rap, le but des poetry slams n’est pas d’injurier son adversaire. Il faut se prouver grâce à son talent. Le meilleur candidat peut gagner juste en étant le meilleur. Pas besoin d’insultes.
Il y a différents types de slams, par exemple : les “theme” slams suivent un thème spécifique, les “dead poet” slams permettent aux artistes de lire des uvres de poètes décédés et les “low-ball” slams qui sont rares, et qui récompensent le poète avec le résultat le plus bas — je n’ai jamais assisté à un, mais j’ai entendu dire qu’ils sont bien drôles.
Mais d’où vient cet art ? D’un ouvrier constructeur nommé Marc Smith. À Chicago, Illinois, en 1984, Marc Smith a réservé une salle au Get Me High Lounge et a animé le premier poetry slam. Le poetry slam a évolué en compétitions d’équipes plus complexes (tel que le CFSW ou l’événement annuel “National Poetry Slam”), mais le format de base de l’événement est resté le même.
C’est tout à fait facile de débuter, insiste Morgan. « La poésie sur scène — et même la poésie en général — est un art simple. Tu n’as pas besoin d’apprendre comment peindre ou manier une caméra. Tu as uniquement besoin d’un stylo et d’un bout de papier. Plusieurs poètes sont d’abord membres dans l’auditoire avant de monter sur scène. »
Le poetry slam n’est peut-être pas associé au style de vie prestigieux du hip-hop ou au cachet intellectuel de la poésie, mais le slamming est unique en son genre car il s’inspire de plusieurs modes de vie. « Je ne crois pas que le slam poetry est un art en lui-même, » précise Morgan.
« Le slam est un événement, et les personnes présentent leur poésie durant cet événement. Ce n’est pas un genre. J’ai participé à des slams, et je ne peux pas dire que j’ai déjà écrit un poème slam. »
Définir les poetry slams à travers les années n’a pas été une tâche facile. Les professeurs et étudiants de la poésie classique méprisent les slams qu’ils trouvent similaires au hip-hop et à la performance sur scène. Mais ils peuvent avoir raison car il existe de nombreux poètes qui écrivent et interprètent leur propre poésie, ainsi que plusieurs artistes rap, tels que Mos Def et Sage Francis, qui ont débuté leur carrière sur la scène lors d’une combat enflammé de poetry slam.
Dwayne Morgan trouve différentes sources d’inspiration. « J’ai grandi au coeur de la génération hip-hop et j’aime ça, » dit-il. « Du point de vue des paroles, comment les gens agencent les mots m’inspire. Mais, ayant vu beaucoup de pièces de théâtre, je sais qu’il faut aussi se tenir d’une certaine façon sur la scène. Toutes ces influences jouent un rôle important. »
En octobre dernier a eu lieu le second championnat de poetry slam lors du Canadian Festival of Spoken Word (une équipe de Vancouver a remporté la première place). Même si l’événement est encore à ses débuts, Dwayne Morgan et les autres co-fondateurs espèrent que la popularité des poetry slams prendra de l’ampleur à travers le Canada, tout en semant de la controverse et de la confusion, et en créant un esprit de compétition.
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photo : gracieuseté de universal music
